Edvard Munch 1863-1944

Biographie

Edvard Munch, né le 12 décembre 1863 à Adalsbruk en Norvège et mort le 23 janvier 1944 (à 80 ans) à Oslo, est un peintre et graveur expressionniste norvégien.

Edvard Munch naît dans un corps chétif le 12 décembre 1863 à Løten. Il n'est pas baptisé à l'église, mais à la maison car sa famille craint un refroidissement. Il grandit dans diverses localités aux mœurs disparates, mais assez proches de la capitale norvégienne Kristiana. Son père, Christian Munch (1817-1889), est un médecin militaire aux revenus assez modestes, il est pourtant issu d'une famille bourgeoise, prestigieuse et puritaine, qui compte de grands historiens, artistes et fonctionnaires. Le frère du père est l'historien Peter Andreas Munch, le premier norvégien qui a eu accès aux archives secrète du Vatican. Une stèle commémorative romaine inaugurée par Henrik Ibsen et une délégation norvégienne a été dressée après sa disparition en 1864.

Edvard porte le prénom du grand-père de la lignée Munch.

Son père, Christian, doit constamment déménager pour accomplir méticuleusement sa fonction. Sa famille le suit docilement.

Sa jeune épouse, de vingt ans sa cadette, Laura Cathrine Bjøllstad, est une fille d'une famille paysanne de riches agriculteurs, mais marquée par les stigmates de la tuberculose. Elle est attirée par la peinture et initie sa fille aînée, Johanne-Sophie de tempérament plus calme que Edward le garçon turbulent cadet d'une année. Éprouvée par cinq grossesses successives elle meurt de la tuberculose. Son départ laisse la famille dans le désarroi, un mari veuf âgé de 50 ans, profondément religieux parfois mystique et tourmenté, la fille aînée Sophie de 6 ans, Edvard qui n'a que cinq ans, le petit Peter Andreas de 3 ans, les bébés Laura Cathrine d'un an et Inger qui vient de naître.

Mais la sœur cadette de l'épouse morte, Karen Marie Bjøllstad, qui n'a pas de dot de mariage conséquente et veut sortir de sa condition paysanne, s'empresse de reprendre le rôle maternel. Elle a le même tempérament artiste que la défunte mère. Et les plus grands enfants qui habitent en ce moment 30 rue Pilestradet dans la banlieue périphérique de Kristiana reprennent leurs collages de papier, agrémentés de mousses et de feuilles, collectés lors de longues promenades vivifiantes.

La famille continue à vivre dans différentes banlieues, parfois ouvrières, parfois plus bourgeoises, parfois encore paysannes et misérables.

Edvard poursuit ses études secondaires à l'école de la cathédrale de Christiania. Il est toujours de santé fragile et de faible constitution, accablé de bronchites chroniques et de poussées fiévreuses durant son enfance, mais c'est sa sœur aînée Johanne Sophie (1861-1877) qui est la victime suivante en 1877 de la phtisie (une des formes de la tuberculose). Celle qui était la jeune artiste de la famille décède à 15 ans dans le fauteuil d'osier que gardera la famille, puis Edvard jusqu'à sa mort. Une plus jeune sœur Laura Cathrine est rapidement diagnostiquée comme souffrant de « mélancolie » (aujourd'hui dépression grave). Laura Cathrine (1866-1926) est interné à l'asile à vingt ans à cause de profondes névroses et y demeure sa vie durant. Des cinq enfants, seul son frère Andreas (1865-1895) devenu médecin se marie, mais il meurt brusquement d'une pneumonie quelques mois après son mariage. Munch revient le plus souvent aux impressions de maladie, de mort et de tristesse. Inger (1868-1952) immortalisée dans ces jeunes années dans le tableau Ma sœur Inger exposé avec succès en 1885 à l'exposition universelle d'Anvers reste, comme Edvard, célibataire toute sa vie.

Le 8 novembre 1880, Munch écrit dans son journal : « Ma décision est arrêtée, je serai peintre. » Il a alors seize ans2.

Mais son père, patriarche autoritaire, le contraint à des études techniques d'ingénieurie, tout en le laissant s'adonner à ce qu'il considère juste comme un hobby. Il l'inscrit d'office à l'école technique de Christiana.

L'enfant malade est une toile de jeunesse de Munch, réalisée dans la maison au n° 1 de Schouss Plass, dans la banlieue ouvrière de Grünerløkka. Celle qui incarne la figure maternelle est la tante Karen-Marie Bjøllstad (1839-1931). Une première brouille surviendra entre le neveu et la tante au fort caractère lorsque le premier artiste griffe violemment la toile. Une seconde séparation beaucoup plus durable sur le plan affectif se place entre 1902 et surtout 1910 lorsque l'artiste commence à revenir plus fréquemment en Norvège, la tante lui reprochant sa vie dissolue. Au point que le vieil artiste n'assista aux obsèques de la tante qui l'avait éduqué et élevé qu'à courte distance de l'église et du cimetière, ne pouvant pas sortir de sa voiture.

Réalisme

Munch étudie deux années à l'école technique avant de se consacrer très sérieusement à l'art. Désertant les mathématiques, malgré les colères et exhortations de son père consterné, il étudie les anciens maîtres, s'associe à un petit groupe d'étudiants en peinture désargenté qui loue un modeste atelier proche de la rue Karl Johann, suit le cours de dessin de nu à l'école royale de dessin et obtient pendant un temps la correction du plus grand naturaliste norvégien de l'époque, Christian Krohg. Ses premières œuvres sont imprégnées du réalisme français et rapidement il se révèle comme un grand talent. Christian Krohg et ses amis Erik Werenskiold et Frits Thaulow, pressentant un probable grand artiste, parviennent à lui faire octroyer une première bourse d'étude par le ministère. En 1885, Munch est admis à l'école royale de design.

En 1885, Munch effectue un court séjour à Paris. Cette même année il commence son travail sur un tableau décisif l'Enfant malade. Pour Munch, il s'agit de sa sœur aînée Sophie qu'il nomme également Berta et Maja, dans des délires fiévreux. Il travaille longtemps sur ce tableau, à la recherche d'une première impression et d'une expression picturale satisfaisante pour transcrire une expérience personnelle douloureuse. Il renonce à l'espace et à la forme plastique et opte pour une composition rappelant une icône. Il dira : « Avec l'Enfant malade, je me suis ouvert un nouveau chemin, une brèche a été percée dans mon art. La plupart de mes œuvres ultérieures doivent leur existence à ce tableau ». La surface du tableau montre les signes d'un processus créatif difficile. La critique est très négative.

Durant un séjour en 1889, il apprend par hasard à Paris dans un journal norvégien la mort du père. Il se souvient alors que son père requis par un patient avait finalement réussi à se libérer pour lui crier son nom et lui adresser par geste un ultime salut, un père minuscule et au crane chauve s'éloignant sur le quai tel qu'il le vit depuis le haut pont du navire.

Edvard Munch meurt à Ekely , dans sa propriété près d'Oslo, l'après-midi du 23 janvier 1944, des suites d'une pneumonie, un mois et quelques jours après ses 80 ans. Il avait fait don à la mairie d'Oslo après l'invasion allemande le 18 avril 1940 de la plus grande partie de sa collection personnelle, environ un millier de tableaux, 4 500 dessins et aquarelles et six sculptures. Le legs définitivement finalisé en 1944 comprend outre les peintures, dessins et aquarelles, sculptures, la totalité de l'œuvre graphique, photographique et cinématographique, les collections personnelles (cartes postales, livres, revues). ainsi que les propriétés et les biens fonciers, c'est-à-dire les maisons, les résidences secondaires et les terrains de l'artiste.

Paradoxalement, ses funérailles sont une grande commémoration publique orchestrée en fanfare par les autorités nazies norvégiennes, suivie de festivités et beuveries populaires en l'honneur du grand homme sous l'égide de la croix gammée.

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